" Je voyais sa jambe et au fond de moi, je savais "

Abdel Rahman a été victime d’un bombardement à Mossoul, en mai dernier. Désormais amputé d’une jambe, il vit avec sa famille dans le camp de déplacés de Hasansham. Handicap International (HI) l’accompagne avec des sessions de réadaptation et de soutien psychologique.   

Partagez cette actualité

Adel_Testimony
Adel_Testimony
Abdel Rahman et Mohammad, lors de la session de réadaptation.

Abdel Rahman est assis dans la tente familiale, aux côtés de son père Ahmad. Le garçon semble perdu dans ses pensées lorsque ses parents racontent ce qui leur est arrivé, au mois de mai dernier. « C’était un vendredi », se rappelle Ahmad. « Nous étions dans notre maison à Mossoul en train de petit-déjeuner, quand un missile s’est abattu sur nous. Abdel Rahman a été blessé au niveau de la jambe droite et mon autre fils est mort sur le coup… » Peu après l’accident, Ahmad et sa famille essaient de fuir les combats dans la ville, à plusieurs reprises. Ils se déplacent de quartiers en quartiers, au rythme des affrontements. « Au fil du temps, je voyais que la jambe d’Abdel Rahman devenait toute bleue. Et le temps que nous atteignions un hôpital, l’état de mon fils avait déjà considérablement empiré… »

A l’hôpital, les docteurs essaient de sauver la jambe d’Abdel Rahman et l’opèrent six fois de suite, mais il est trop tard. « Je me doutais qu’il fallait amputer mon fils. Je voyais sa jambe et au fond de moi, je savais », se remémore Ahmad. « Je ne suis pas docteur, je ne connais rien à tout ça mais je m’en doutais quand je voyais l’état d’Abdel Rahman. C’est finalement lui qui a dit aux docteurs d’amputer sa jambe. »

Au début du mois de juin, Ahmad et sa famille quittent l’hôpital et arrivent dans le camp d’Hasansham. Là, ils rencontrent Mohammad, kinésithérapeute de Handicap International. Aujourd’hui, ce dernier rend visite à Abdel Rahman pour sa troisième session de kinésithérapie. Avant de commencer les exercices, il s’enquiert de l’état de l’adolescent. Ahmad explique que son fils a encore du mal à s’adapter à sa situation. « On essaie de l’aider à garder son calme, de lui changer les idées. Il joue avec d’autres enfants, on fait des blagues… Mais parfois, il est triste, il crie et il dit que sa jambe lui fait mal. » Mohammad indique au père de l’adolescent que le psychologue de Handicap International viendra bientôt rendre visite à la famille.

Au cours de la session de réadaptation, Abdel Rahman semble passer du rire aux larmes en un instant, partagé entre la douleur fantôme de son membre disparu et la fierté qu’il veut garder, sous le regard de ses proches. Quand Mohammad lui demande de se lever à l’aide des béquilles données par l’association, il dit qu’il ne peut pas, mais il essaie tout de même. Après plusieurs tentatives, il arrive à se tenir debout. Les émotions de l’adolescent semblent être aussi vacillantes que ses premiers pas sur une seule jambe.

Mohammad termine la séance avec des exercices d’équilibre. Abdel Rahman ferme les yeux et seulement à cet instant, il semble se calmer. Sa respiration ralentit, les pleurs et les rires laissent place au silence et à la concentration. Les proches d’Abdel Rahman le regardent se tenir sur sa jambe gauche pendant quelques secondes, avant de l’applaudir en guise d’encouragements. L’adolescent sourit : c’est la première fois qu’il se lève et avance, depuis son arrivée dans le camp.