BASM, l'interdiction effective
Du 30 novembre au 3 décembre derniers, la Fédération Chinoise des Personnes Handicapées a organisé son Forum International sur la Sécurité Sociale et les Service Sociaux pour les personnes handicapées. Répondant à l’invitation de Handicap International, Andrée Kerger, Chargée de direction adjointe de la Cellule d'Evaluation et d'Orientation de l'Assurance Dépendance, y a présenté le modèle luxembourgeois. Retour sur son expérience.
Handicap International : Quelles ont-été vos premières impressions ?
Andrée Kerger : « Je n’étais jamais allée en Chine auparavant et pour tout dire, j’appréhendais un peu le gigantisme du pays… De plus, je m’attendais à un groupe de travail réduit mais j’ai en fait rejoint un grand colloque, réunissant de nombreux conférenciers. Pour la Chine, des recteurs de grandes universités sont notamment intervenus et j’ai été surprise de les entendre très rapidement et ouvertement aborder la notion de droit pour les personnes handicapées, alors qu’on se fait habituellement une autre idée de la reconnaissance des droits en Chine. »
HI : Quel est votre sentiment sur la condition des personnes handicapées en Chine ?
A. Kerger : « J’ai ressenti, de la part de mes interlocuteurs chinois, un véritable intérêt pour la problématique des personnes handicapées. Une sincérité et une réelle volonté d’accompagner ces individus. D’ailleurs, j’ai pu constater que Canton est une ville très accessible pour les personnes handicapées. Mais j’ai bien conscience que la réalité est tout autre dans les campagnes. De plus, si les rampes d’accessibilité sont très nombreuses en ville, on y croise tout de même encore beaucoup de pauvreté dans les rues. C’est même déstabilisant de voir les efforts faits en termes de handicap alors qu’une partie de la population vit encore dans une situation de grande précarité. »
HI : Quelle forme a pris votre participation à ce forum ?
A. Kerger : « Au même titre que les autres participants danois, allemands, anglais ou encore suédois, j’y suis intervenue pour présenter le modèle d’assurance dépendance pour les personnes en situation de handicap. En effet, la Chine tente de développer depuis plusieurs années un modèle global de Sécurité Sociale. Au cœur de cette démarche, la Fédération Chinoise des Personnes handicapées met quant à elle l’accent sur un modèle spécialement adapté aux personnes en situation de handicap. Je pense sincèrement que notre modèle luxembourgeois, certes développé par un petit pays riche, peut être reproduit ailleurs. Par contre, j’avoue bien volontiers qu’en Chine, la tâche reste immense, et un ‘simple’ copier-coller n’est bien sûr pas envisageable ! Au niveau du forum en lui-même, j’ai assisté à de nombreuses présentations intéressantes, détaillées, mais je regrette un peu le manque de débat, de questions et d’interpellations : je suis plus habituée en Europe à ce qu’on remette en permanence en question ce que disent les intervenants ! »
HI : Avez-vous rencontré des personnes handicapées chinoises ?
A. Kerger : « Oui, bien sûr. Nous avons effectué des visites dans un atelier protégé, où de jeunes handicapés mentaux coupaient des tissus ou décoraient des assiettes, et dans une école pour enfants autistes. J’ai été marquée par la chaleur humaine dégagée par les enseignants envers les enfants, je sentais vraiment leur envie de transmettre des choses aux jeunes. Et puis, dans le cadre du forum, j’ai assisté à un spectacle formidable, mêlant musique et danse, où des personnes en situation de handicap sensoriel et moteur nous ont offert une mise en scène très touchante. »
HI : Que pensez-vous de la mission de Handicap International après cette collaboration ?
A. Kerger : « J’avoue qu’avant de partir, je connaissais Handicap International à travers son combat contre les mines et les sous-munitions et une autre chose qui m’avait marquée, à savoir la volonté de l’organisation d’utiliser les matériaux et ressources locaux dans ses missions à l’étranger, notamment au Cambodge. Pendant ce forum, j’ai été accueillie par Jean Van Wetter, le directeur de Handicap International en Chine, et il m’a appris beaucoup sur les activités de l’ONG et sa façon de mettre en œuvre ses projets. J’ai été très surprise d’apprendre que Handicap International intervenait en Corée du Nord par exemple. J’ai aussi beaucoup apprécié la mise en œuvre de démarches communautaires où la famille, les amis, les voisins, les autorités locales sont tous impliqués dans l’accompagnement et le développement de la personne en situation de handicap. Tout cela fait notamment écho à nos propres réflexions, ici à Luxembourg, sur la place et la reconnaissance des aidants informels de la personne handicapée. »
HI : Quelles suites pensez-vous donner à cette mission ?
A. Kerger : « Je souhaite rester informée de ce qui se passe en Chine et je compte sur Handicap International pour m’y aider ! Je me tiens bien sûr à disposition de l’ONG pour apporter, dans la mesure de mes compétences, toute mon aide dans le domaine de l’accompagnement de la personne en situation de handicap. Et moi même, je suis intéressée à connaître d’autres contextes dans lesquels évoluent les personnes handicapées à travers le monde, car le partage d’expériences et de bonnes pratiques est valable dans les deux sens, du Nord vers le Sud comme du Sud vers le Nord ! »

