Survivre : la vie des personnes déplacées par la violence en Haïti
Marie Danielle Benoît est une femme très active et engagée qui a tout perdu dans la crise que traverse Haïti. Mais elle garde espoir et, avec l’aide de HI, se reconstruit peu à peu.
Marie Danielle Benoît, 56 ans, est accompagnée par les équipes de réadaptation de HI sur le site de personnes déplacées de KID, à Port-au-Prince. | © T. Noreille / HI
Les balles fusaient de partout
Je m’appelle Marie Danielle Benoît, j’ai 56 ans, et je suis mère célibataire de cinq enfants dont l’un a été porté disparu. Je viens du quartier de Solino. Là-bas, nous habitions dans une grande maison avec cinq pièces ; chacun de mes enfants avait sa chambre. J’avais mon propre commerce dans le quartier et mes affaires se portaient bien. Nous vivions confortablement et nous étions heureux.
J’étais une femme organisée, avisée, et très investie dans ma communauté. J’aimais rendre service aux autres : j’avais aménagé un centre pour aider les jeunes des quartiers défavorisés. Ils venaient y apprendre un métier et s’ouvrir à de nouvelles opportunités.
Nous organisions des rencontres, nous créions du lien. Je me souviens par exemple qu’en décembre, nous proposions des activités aux jeunes et nous mobilisions des mamans plus âgées pour qu’elles leur offrent des cadeaux. Malheureusement, la situation a basculé. Tous nos efforts, tout ce que nous avions construit pour aider les jeunes – tout cela s’est effondré. C’est une véritable tragédie.
J’ai dû quitter ma maison car il y avait des tirs partout, tout le temps. Nous avons tenté de résister mais en fin de compte tout le monde a dû évacuer. Un jour, alors que nous étions sortis, la situation a dramatiquement empiré. Je n’ai pas pu rentrer chez moi car c’était trop dangereux. Nous n’avons rien pu récupérer. J’ai tout perdu.
Nous ne vivons pas vraiment, nous survivons
C’est ainsi que je suis arrivée sur le site de personnes déplacées de KID en novembre 2024. Profondément bouleversée, je cherchais du soutien. Mais ici, nous ne vivons pas bien. Nous sommes si nombreux ; nous vivons entassés, au milieu de mauvaises odeurs. Sans la femme qui nettoie parfois les toilettes, nous ne pourrions pas rester.
Vivre hors de chez soi, ce n’est pas la même vie. Ici, il y a des conflits et des bagarres éclatent lorsqu’il y a des distributions de nourriture. Si vous ne faites pas partie d’un groupe, vous n’obtenez rien. Nous ne vivons pas vraiment, nous survivons juste.
De plus, lors de notre évacuation, je me suis blessée au genou et depuis lors je ne pouvais plus marcher. Mais un jour j’ai croisé la route des équipes de HI, qui étaient venues sur le site pour identifier les personnes blessées, celles qui souffraient. Elles passaient d’abri en abri pour évaluer l’état de santé des habitantes et des habitants.
Les équipes de HI m’ont fourni une canne et une genouillère pour soutenir mon genou. J’ai aussi suivi des séances de rééducation et cela m’a énormément aidée. Grâce aux séances de kinésithérapie, aujourd’hui je peux me lever, m’asseoir et marcher. Mon genou n’est plus enflé et je me sens un peu mieux chaque jour. Je les remercie sincèrement.
J’ai besoin de paix et de sécurité
Je rêve de retourner chez moi. J’ai besoin de paix et de sécurité. Parfois, des souvenirs de ma vie d’avant me reviennent. Je me souviens des jours heureux, de la maison toujours joliment décorée à Noël, quand nous nous retrouvions ensemble pour célébrer... Tout cela me manque.
Pour pouvoir avancer, je souhaiterais obtenir un soutien moral, psychologique et financier, afin de pouvoir louer une maison et relancer une petite activité commerciale qui nous permette de vivre. Cet espoir me porte et je remercie toutes celles et ceux qui pensent à nous et nous aident.
Le projet Urgence en Réadaptation POst-Traumatique (URPOST) est déployé sur sept sites de personnes déplacées à Port-au-Prince. Il a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins et la prise en charge en réadaptation de patients, pour réduire les souffrances et les effets secondaires des blessures et prévenir toute forme de handicap à long terme, ainsi que de réduire les séquelles liées à des trauma pour les survivantes de violences sexistes et sexuelles. Lancé en août 2024, le projet a déjà permis d’accompagner plus de 1 900 patientes et patients en réadaptation, dont 180 ont reçu une aide à la mobilité (béquilles, cannes, fauteuils roulants…). De plus, 95 survivantes de violences ont bénéficié de services de protection et 69 kits de dignité ont été distribués. HI a également réalisé des formations pour d’autres acteurs humanitaires afin d'encourager la prise en compte des femmes et des filles en situation de handicap dans les réponses apportées.