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Comment le déminage est devenu un enjeu humanitaire

Mines et autres armes
International

Le Traité d’interdiction des mines antipersonnel, dit Traité d’Ottawa, aura 25 ans en décembre 2022. S’il a permis de faire reculer leur présence, les combattants ont fait évoluer les armes qu’ils utilisent, et avec elles la nature de la menace, obligeant les démineurs à se réinventer. Mise au point à l’occasion de la Journée internationale contre les mines le 4 avril.

Une équipe de démineurs de Handicap International en Irak

Une équipe de démineurs de Handicap International en Irak | © Shwan Nawzad / HI

Les mines antipersonnel, mines manufacturées, utilisées, par exemple, par une armée pour « sécuriser » une base militaire, sont en voie d’éradication. Le nombre de victimes de ces armes a été divisé par 10 dans les années 2000. 164 États ont rejoint le Traité d’Ottawa, signé début décembre 1997, et 94 États ont détruit à ce jour plus de 55 millions de mines. 25 ans après, on mesure l’impact majeur de ce traité.

Mais les démineurs font aujourd’hui face à de nouvelles formes de contamination : essentiellement causées par des engins improvisés faisant office de mines et par les restes explosifs de guerre.

Le nombre de victimes est à nouveau en hausse depuis 2015

Les engins improvisés sont des armes machiavéliques, d’une très grande variété : ils peuvent être insérés dans une peluche, une boîte de conserve, etc., être équipés de dispositifs de déclenchement incroyablement sophistiqués (câble, capteur de mouvement, plateau de pression, etc.). De fabrication artisanale, chaque modèle est unique, conçu pour tuer, blesser et terroriser les populations civiles.

Utilisées de façon intensive depuis les conflits en Syrie et en Irak, posées pour piéger des pièces à vivre dans une maison, une porte de frigo, des puits… les mines improvisées ont obligé les démineurs à réinventer leur méthode d’intervention.

Autre défi majeur pour les démineurs : les restes de mortiers, bombes, roquettes, etc. appelés dans le métier des « restes explosifs de guerre », héritage mortel des conflits armés marqués par l’utilisation intensive des armes explosives. Mêlés aux gravats et contaminant des zones urbaines entières, ils constituent également une difficulté majeure pour les opérateurs du déminage par leur présence parfois massive.

En conséquence de ces nouveaux usages par les belligérants, le nombre de victimes est en hausse depuis 2015. Les mines improvisées et restes explosifs de guerre sont la cause de plus de 50 % des victimes de mines. Plus de 7 000 personnes ont été tuées ou blessées par des mines dans le monde en 2020.*

Le déminage humanitaire : pour les populations

C’est dans ce contexte nouveau – marqué par des conflits longs, asymétriques, et par l’usage intensif d’armes explosives – que le déminage humanitaire s’est développé depuis les années 1990, en rupture avec le déminage militaire.

Le déminage militaire vise à déminer routes et infrastructures, mais en faisant fi des besoins des populations. Les démineurs humanitaires, quant à eux, œuvrent en concertation avec les populations locales concernées. Ils choisissent ensemble quelles infrastructures et quels lieux sont à déminer en priorité : des champs à cultiver pour nourrir un village, une voie de communication importante, une place de village essentielle pour la vie quotidienne de la communauté, etc. L’objectif : déminer rapidement des points vitaux pour que la vie des communautés reprenne son cours normal.

La contamination est un obstacle au retour à la paix et au développement : lorsque les champs ne sont plus cultivés, lorsque les marchés ne peuvent plus être organisés ou les déplacements sont entravés à cause de la présence de mines, les familles sont maintenues dans la pauvreté, les liens sociaux sont détruits et les tensions intercommunautaires s’exacerbent. S’accorder avec les communautés est essentiel pour déminer en priorité les lieux qui auront une utilité immédiate et aider à leur reconstruction.

Drones et caméras GoPro face aux nouvelles menaces

Utilisation d'un drone au Tchad par Handicap International pour repérer des engins explosifs enfouis dans le sol © John Fardoulis / HICes nouvelles formes de contamination incitent les organisations de déminage humanitaire à innover et à trouver de nouvelles solutions techniques pour leurs interventions. Handicap International est l’une des premières organisations à avoir expérimenté et utilisé des drones pour soutenir ses opérations de déminage. L’association envisage à présent de munir ses démineurs de caméras GoPro pour améliorer la supervision et la sécurité de ses équipes. En effet, un démineur en action est toujours surveillé à distance par un partenaire ; avec ce nouveau système, ce dernier pourra suivre en direct sur l’écran ce que fait son collègue, et ainsi mieux le diriger et le conseiller. L’objectif est de rendre les opérations de déminage encore plus sûres, rapides et performantes.

Les civils restent les premières victimes des mines et des restes explosifs. Les enfants représentent encore plus de 40 % des victimes civiles. 60 pays et territoires dans le monde sont toujours contaminés. Cette contamination menace directement la vie de millions de personnes et représente un frein majeur à la paix et au développement. En Syrie, en Irak et au Yémen notamment, le niveau de contamination a atteint un niveau jamais vu par les démineurs. Dans ces pays, il faudra mener des opérations pendant plusieurs dizaines d’années pour éradiquer la menace qui pèse sur les populations.


* Rapport 2021 de l’Observatoire des mines.

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